Annals of Burns and Fire Disasters - vol. XIX - n. 4 - December 2006 LES LESIONS OCULAIRES PAR JEU DE FEU AU COURS DE ACHOURA
El Ketani A., Amir F., Ali T.B., Hamdani M., Zaghloul K.Service d’Ophtalmologie Pédiatrique, CHU Ibn Rochd, Casablanca, MarocRESUME. Les enfants célèbrent la fête de Achoura au Maroc par des jeux de feu, ce qui occasionne des blessures oculaires plus au moins graves. Nous rapportons 15 observations de malades traités au Service d’Ophtalmologie Pédiatrique de l’Hôpital 20 Août 1953 de Casablanca. L’âge moyen des patients était de 12 ans et demi, avec des extrêmes de 3 et 25 ans. Les pétards, la première cause des accidents (50%), ont occasionné des contusions oculaires avec parfois un œdème de Berlin (deux cas). L’atteinte oculaire par fusée a occasionné un éclatement de globe et une plaie de paupière. Les bombes de carbone ont été responsables de brûlures de deuxième degré palpébrales et conjonctivo-cornéennes avec de multiples corps étrangers cornéens profonds. Les «étoiles» et la limaille de fer ont provoqué des brûlures cornéennes moins graves avec des corps étrangers superficiels. Les pistolets à bille ont été responsables de contusions oculaires. La réglementation de vente des jeux de feu et la sensibilisation du grand public par les moyens audiovisuels permettraient de prévenir ces blessures oculaires. IntroductionAchoura est une fête religieuse annuelle que les enfants marocains célèbrent traditionnellement par des jeux de feu, ce qui occasionne des traumatismes oculaires et de la face plus au moins graves. Le but de ce travail est d’identifier les lésions oculaires et les circonstances de leur survenue ainsi que de sensibiliser les médecins et le public concernant les dangers de ces jeux et d’insister surtout sur l’intérêt de la prévention. Matériel et méthodesIl s’agit d’une étude rétrospective menée au service d’ophtalmologie pédiatrique au cours de la période de Achoura 2001 portant sur tous les dossiers des patients hospitalisés pour traumatisme oculaire par pièce d’artifice. Cette étude a concerné 15 observations et a porté sur les points suivants:
RésultatsL’âge moyen des patients était de 12 ans, avec des extrêmes entre 3 et 25 ans. Il s’agissait de 14 garçons et une fille. Le bilan lésionnel des 15 patients ainsi que les circonstances du traumatisme sont détaillés dans le Tableau I.
L’évolution a été bonne chez 12 enfants. La perte anatomique du globe a été l’issue dans un cas et une diminution de l’acuité visuelle de deux lignes a été notée dans deux cas (Figs. 1-3).
DiscussionLes blessures associées aux pièces d’artifices ont été pour la plupart décrites chez des jeunes de dix à quatorze ans (86%).1,2 Parmi les victimes, la majorité est de sexe masculin. En mai 1998, une recherche exhaustive a été réalisée au Canada dans la base de données SHIRT (175 dossiers) concernant les traumatismes occasionnés par les pièces d’artifices.3 Ces résultats sont mentionnés sur le Tableau II.
Les circonstances du traumatisme sont variables. Il peut s’agir d’une explosion de la pièce d’artifice lorsque le sujet la manipule. Parfois la victime est présente dans un spectacle de feux d’artifice. Le lieu de l’accident est le plus souvent à domicile ou dans un parc. Dans notre série, le lieu de l’accident était la rue dans tous les cas. L’objet traumatisant le plus fréquent est le pétard (42,9% des cas).2,3 Les pétards sont allumés par groupe de 20 ou par unité. Mais il peut s’agir aussi de pistolet lance fusée. Celle-ci est caractérisée par son changement de trajectoire, atteignant des cibles imprévues, et par une vitesse finale d’explosion élevée, ce qui est responsable de lésions graves. Les pistolets à billes, mis sur le marché marocain entre 2000 et 2001, lancent des billes de 6 mm de diamètre avec des vitesses assez importantes pouvant occasionner des contusions graves. Il faut noter que dans la littérature la nature de la pièce d’artifice n’a pas été précisée dans 41,7% des cas. Au niveau oculaire, l’explosion de pièces d’artifices est responsable de brûlures oculaires et de plaies cornéo-sclérales avec corps étrangers intraoculaires.5,6 Un cas d’endophtalmie et un cas de rupture de globe ont été rapportés dans la littérature. Dans notre série un malade a présenté une rupture oculaire avec perte anatomique du globe. En dehors des traumatises oculaires, le jeu par pièce d’artifice est responsable de lésions dont le siège, la nature et la gravité sont variables. Les brûlures sont les lésions les plus fréquentes. Elles sont localisées surtout au niveau de la face (40% des cas)4,8 et au niveau des membres, responsables parfois d’un délabrement.4,9 D’autres lésions ont été rapportées dans la littérature, notamment des traumatismes auditifs, une gène respiratoire secondaire à l’allergie au métal et des troubles psychiques secondaires à l’explosion des pièces d’artifices. Ainsi, vu l’issue parfois dramatique des artifices de joie, de nouvelles réglementations doivent être mises en place pour protéger les manipulateurs et surtout les enfants, tel que:
ConclusionLes jeux d’artifice présentent un vrai danger oculaire surtout pour l’enfant, d’où l’intérêt de sensibiliser le grand public par des moyens audiovisuels et d’imposer des réglementations strictes de vente et d’utilisation de ces jeux SUMMARY. In Morocco children celebrate “Achoura day” by lighting fireworks, and this practice causes ocular injuries of varying gravity. We report 15 cases of patients treated in the Paediatric Ophthalmology Department of the 20 Août 1953 Hospital, Casablanca. The patients’ average age was 12.5 yr, with extremes of 3 and 25 yr. Firecrackers were the first cause of accidents (50%). They caused blunt ocular trauma, sometimes with macula oedema (two cases). Ocular injuries caused by rockets led to eyeball rupture with eyelid wounds. Carbon bombs caused eyelid, conjunctiva, and cornea second-degree burns with several deep corneal foreign bodies. Other fireworks (“stars” and iron filings) led to less serious cornea burns with superficial foreign bodies. Marble guns caused blunt ocular trauma. Regulations on the sale of fireworks and information to the public through audiovisual media would prevent such ocular injuries. Bibliography
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