Annals of Burns and Fire Disasters - vol. XIX - n. 4 - December 2006 ETIOLOGIE RARE DE SINUSITES NOSOCOMIALES EN MILIEU DE REANIMATION - A PROPOS D’UNE OBSERVATION
Messadi A.A.1, Oueslati S.1, Thabet L.1, Bousselmi K.1, Menif E.2Hôpital Aziza Othmana, Tunis, Tunisie
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Une tomodensitométrie des sinus effectuée à J33 a confirmé le diagnostic et a mis en évidence un comblement total des cellules éthmoïdales droites avec épaississement de la muqueuse des sinus sphénoïdaux et maxillaires droits et du sinus frontal droit (Fig. 2).
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Les hémocultures pratiquées au cours de cet épisode de la sinusite sont positives à Staphylocoque aureus résistant à la méthicilline (sarm).
L’évolution ultérieure s’est faite rapidement vers l’aggravation avec apparition d’un œdème pulmonaire lésionnel. La patiente est décédée dans un tableau de défaillance multiviscérale.
Les sinusites nosocomiales maxillaires représentent une complication fréquente mais souvent sous-estimée en réanimation. Leur incidence varie selon les séries de 1,4 jusqu’à 88%.1-5 Les sinus frontaux, maxillaires et ethmoïdaux sont des cavités qui communiquent entre elles et avec les fosses nasales par les méats moyens. Dans les conditions normales, les sinus sont stériles et sont bien drainés par le mouvement constant des cils vibratoires qui évacuent vers les fosses nasales et mucus secrété par le sinus. L’obstruction de l’ostium peut entraîner une hypersecrétion et une rétention des secrétions dans la cavité sinusienne.
La présence d’un corps étranger intranasal (sonde gastrique ou trachéale) provoque l’obstruction de l’ostium et favorise ainsi la survenue d’une sinusite au niveau des sinus maxillaires, ce qui constitue le point de départ habituel du processus avec extension aux sinus sphénoïdaux et ethmoïdaux.
Pingleton et Craven rapportent que la présence d’un sondage nasal constitue un corps étranger prédisposant à une colonisation par des germes pathogènes1,3 et que la sonde nasogastrique constitue un conduit permettant aux micro-organismes gastriques de coloniser le nasopharynx. De même, les nutriments apportés par la sonde favorisent la croissance des micro-organismes au niveau du nasopharynx.
De ce fait, l’intubation nasotrachéale et le sondage nasogastrique représentent les facteurs de risque les plus importants des sinusites nosocomiales. Dans les études randomisées comparant l’intubation par voie orale ou nasale, il a été démontré que la sinusite nosocomiale était plus fréquente avec l’intubation nasotrachéale qu’avec l’orotrachéale. Ces études ne tiennent cependant pas compte du sondage gastrique associé.1,4,5,7,8 Seuls quelques Auteurs ont étudié l’impact du tubage gastrique dans la survenue des sinusites. En effet, Desmond a rapporté que les patients ayant une sonde nasogastrique sont plus susceptibles de développer une sinusite que ceux qui respirent par le nez.9 Ces résultats concordent avec les conclusions de Rouby4 et George.3 Dans notre observation, la patiente n’était pas intubée avant la survenue de la sinusite; par contre, elle a bénéficié d’une alimentation entérale nécessitant une réintroduction de la sonde nasogastrique à plusieurs reprises, ce qui a occasionné des traumatismes répétés et constituerait avec l’existence de la déviation de la cloison nasale un facteur surajouté favorisant la survenue de la sinusite.
Le diagnostic de sinusite a été évoqué devant des arguments cliniques associant fièvre, douleur, rougeur, écoulement nasal purulent et hyperleucocytose. Il est confirmé par l’imagerie médicale. La tomodensitométrie a permis de confirmer le diagnostic de pansinusite mettant en évidence une atteinte des sinus profonds ethmoïdaux.
La majorité des sinusites nosocomiales ont une étiologie polymicrobienne.3 Les micro-organismes isolés dans les liquides d’aspiration sinusal sont dans la majorité des bacilles à Gram négatif (BGN) (60,2%), des cocci à Gram positif (31,3%) et des levures (8.5%). Selon la littérature, le Pseudomonas aeruginosa constitue l’espèce la plus fréquente des BGN, le Staphylocoque aureus est au premier plan pour les cocci à Gram positif et le Candida albicans représente la mycose la plus fréquente.2,3,5 Dans notre ob-servation, les hémocultures pratiquées au moment du diagnostic de la sinusite ont été positives à sarm. Un prélèvement sinusal a été fait mais non concluant.
Il est à noter qu’aucune ponction lombaire n’a été faite dans le cadre d’une exploration d’une méningite concomitante.
Les sinusites nosocomiales concernent le plus souvent des malades hospitalisés en réanimation ou en soins intensifs et qui sont intubés et ventilés mécaniquement et/ou porteurs de sondes nasogastriques. Toutefois, ces dernières peuvent survenir chez des patients non intubés, qui n’ont comme facteurs de risque que la sonde nasogastrique en dehors du décubitus dorsal prolongé. Ces infections doivent êtres recherchées systématiquement chez les patients intubés par voie nasale dès que l’intubation se prolonge, afin d’éviter la survenue de complications infectieuses. Il faut à cet égard souligner l’importance des mesures préventives, à savoir procéder à des soins naso-bucco-pharyngés fréquents, écourter au mieux les durées d’intubation et de tubage gastrique et mettre les patients, si possible, en position semi-assise. Le traitement doit être entrepris dès que la sinusite est diagnostiquée. Il passe d’abord par le retrait du dispositif intranasal, le drainage local et l’antibiothérapie systémique.
SUMMARY. Nosocomial sinusitis is not rare in the intensive care unit. It generally occurs in patients with nasotracheal or orotracheal intubation. However, the gastric tube can be the only cause of nosocomial sinusitis. We report the case of a patient hospitalized for burn injuries who received a gastric tube for enteral feeding that caused pansinusitis, ultimately leading to death.
| This paper was received on 17 May 2006. Address correspondence to: Prof. Agrégé Amen Allah Messadi, Service de Réanimation des Brûlés, Hôpital Aziza Othmana, Place du Gouvernement La Kasba, Tunis 1007, Tunisie. |
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