Annals of Burns and Fire Disasters - vol. XXI - n. 3 - September 2008 LES BRULURES ELECTRIQUES PAR HAUT VOLTAGE - A PROPOS DE 10 CAS
Belmir R., Fejjal N., El Omari M., El Mazouz S., Gharib N., Abassi A., Belmahi A.Service de Chirurgie Plastique et Réparatrice, des Brûlés et de Chirurgie de la Main, Hôpital Ibn Sina, Rabat, MarocRESUME. Les accidents électriques par haute tension (AEHT) provoquent des brûlures profondes par effet Joule le long des axes vasculo-nerveux entre les points d’entrée et de sortie, qui sont le siège de lésions délabrantes. Les Auteurs rapportent une série de dix cas d’AEHT admis au service de chirurgie réparatrice et de brûlés de l’Hôpital Ibn Sina de Rabat à travers laquelle ils étudient les caractéristiques épidémiologiques, cliniques et thérapeutiques. Tous les patients étaient des adultes de sexe masculin dont l’âge moyen était de 31 ans. Dans 70% des cas, ces brûlures étaient secondaires à un contact avec les distributeurs d’électricité avec une surface brûlée inférieure à 20%. Le traitement des lésions électrothermiques a nécessité des interventions itératives avec amputation des segments de membres nécrosés dans 70% des cas, dont les suites étaient marquées par des séquelles fonctionnelles invalidantes. La prévention des AEHT, en particulier pour les accidents du travail au sein des professions exposées, reste fondamentale.
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Les lésions occasionnées par le passage du courant électrique de haut voltage sont graves et dépendent des différents paramètres qui caractérisent le contact avec le conducteur: intensité, tension, résistance au passage du courant lorsqu’il est continu ou impédance en courant alternatif, fréquence du courant, temps et surface de contact. Lors du passage du courant électrique dans un conducteur, il se produit un dégagement de chaleur qui obéit aux lois physiques de Joule: Q = I 2RT et d’Ohm: I = V/R.
Dans ces équations, Q représente le dégagement de chaleur produit en joules, I est l’intensité du courant en ampères, R la somme des résistances en ohms, V le voltage en volts et T le temps de contact en secondes.
Les lésions observées au cours des AEHV sont donc de deux sortes: les unes proviennent de la dépolarisation induite par le passage du courant électrique, les autres de la chaleur qu’il dégage proportionnellement à la résistance des tissus traversés.3
La tension du courant est généralement connue lors d’un accident électrique (AE). Elle détermine la quantité de chaleur libérée par le courant selon les lois d’Ohm et de Joule. 4 Les AE par haute tension, avec passage du courant à travers l’organisme, provoquent des brûlures profondes par effet Joule le long des axes vasculo-nerveux entre les points d’entrée et de sortie qui sont le siège de lésions délabrantes.5
Ces lésions sont évolutives pendant trois à quatre jours après l’électrisation, et suivent préférentiellement les tissus de moindre résistance (dans l’ordre croissant de résistance: nerf < vaisseaux < muscle < peau < tendons < graisse < os). Les éléments les plus vulnérables sont donc les pédicules vasculo-nerveux, le courant électrique créant notamment des lésions intimales responsables de thromboses vasculaires extensives. Elles peuvent au maximum créer une véritable ischémie du membre atteint et aboutir à une amputation; ces lésions intimales peuvent parfois passer inaperçues (même à l’artériographie). 6 Le seul examen vraiment fiable est l’examen microscopique des vaisseaux concernés: en cas d’indication de lambeau libre, l’élément déterminant sera l’aspect microscopique du bout proximal du vaisseau receveur au niveau de la zone à traiter.
Dans notre série, la population des accidentés est une population active, jeune et de sexe masculin. L’erreur humaine, la méconnaissance du courant électrique, l’imprudence sont retrouvées dans l’accident électrique. Il s’agissait surtout d’accidents professionnels chez des électriciens par défaut de sécurité. Par opposition aux brûlures thermiques, l’importance des lésions cutanées profondes (deuxième profond et troisième degré) contraste avec les dimensions de l’atteinte cutanée qui était inférieure à 20% de la surface corporelle chez 70% des patients.
Le traitement général inclut la prise en charge préhospitalière sur les lieux de l’accident, et en milieu hospitalier permettant la stabilisation de l’état respiratoire et de l’état hémodynamique, mais également un traitement chirurgical reposant d’abord en urgence sur les incisions de décharge musculo-aponévrotiques réalisées dans 90% des cas dans notre série; mais aussi sur des nécrosectomies larges permettant de diminuer le risque de surinfection et de limiter les conséquences générales et fonctionnelles de la rhabdomyolyse. En raison de l’évolutivité des lésions cellulaires les premiers jours, l’excision des tissus nécrosés est réalisée après un délai d’au moins 72 h après l’électrisation. 8 Dans notre série, le choix du moment et de l’étendue des résections a été basé sur l’inspection minutieuse des lésions lors des pansements, ainsi des nécrosectomies itératives ont été effectuées jusqu’à l’éradication complète des tissus nécrosés. Les amputations ont été nombreuses dans notre série, intéressant 70% des cas, tout en ayant comme objectif être conservateur afin de permettre un appareillage moins invalidant.
Lorsqu’un lambeau est nécessaire, il est pédiculé le plus loin possible de la zone «électrisée» afin d’être assez à distance des lésions vasculaires; lors de brûlures électriques très étendues, on préférera un lambeau pédiculé à distance (lambeau inguinal, lambeau-greffe de Colson, 10 cross leg…) à un lambeau prélevé sur le même membre. 9 De même, on préférera une couverture par lambeau semi-libre, avec microanastomose sur un site donneur très à distance du traumatisme à un lambeau libre classique dont la zone receveuse est potentiellement lésée. 6
Dans notre série, le lambeau inguinal de McGregor a été utilisé pour recouvrir et protéger les structures nobles tendineuses et nerveuses exposées au niveau des poignets chez deux patients. Le recouvrement des pertes de substance cutanées s’est effectué par des greffes dermo-épidermiques. Une fois les lésions stabilisées au bout de quelques mois, des greffes nerveuses et des transferts tendineux seront réalisés dans le but d’une réhabilitation fonctionnelle. Le traitement est complété par des séances de rééducation fonctionnelle. L’appareillage termine la restauration fonctionnelle.
Dans notre série, un seul décès a été déploré. Les séquelles étaient dominées par l’handicap de la perte d’un membre ou d’un segment de membre lié aux amputations ou aux raideurs articulaires; les autres séquelles fonctionnelles mineures et esthétiques sont représentées par des cicatrices invalidantes et inesthétiques siégeant surtout aux mains et des troubles trophiques au niveau des membres inférieurs.
Au total, la chirurgie des brûlures par haute tension est souvent très délabrante et les séquelles fonctionnelles très lourdes. La kinésithérapie et la rééducation débutées précocement sont particulièrement importantes dans ce contexte,11 de même que la prise en charge des séquelles psychologiques.12
Les efforts portant sur la prévention des AE sont donc essentiels, 13 en particulier pour les accidents du travail au sein des professions exposées.
Elle comporte des mesures simples mais aussi des mesures techniques parfois complexes:
Les brûlures électriques représentent une urgence médicochirurgicale dont il faut connaître tous les aspects afin d’envisager une orientation et une thérapeutique adéquate et rapide. La mortalité liée aux accidents électriques a diminué de façon sensible grâce au développement de la prise en charge préhospitalière médicalisée et grâce aux progrès de la réanimation. Malheureusement, la morbidité des accidents de travail liée au courant à haute tension et responsable d’une invalidé fonctionnelle reste majeure, et le coût de la prise en charge de ces patients particulièrement élevé, d’où l’importance des efforts portant sur la prévention.
SUMMARY. High-voltage electrical accidents (HVEA) cause deep scalds by the Joule effect along the vasculonervous axis between the entry and exit points, which are the seat of lacerating lesions. A series is reported of ten cases of HVEA admitted to the service of plastic surgery and burns unit, Ibn Sina Hospital, Rabat, Morocco, in which the epidemiological, clinical, and therapeutic characteristics are studied. All the patients were male (mean age, 31 yr). In 70% of the cases, the scalds were secondary to contact with the distributors of electricity. The burn surface area was less than 20% in 70% of the cases. The treatment of electrothermic lesions required iterative interventions with amputation of necrotic member segments in 70% of cases, with sequelae marked by disabling functional after-effects. The prevention of HVEA, and particularly of industrial accidents within certain occupations, remains fundamental.
| This paper was received on 3 January 2008. Address correspondence to Dr R. Belmir, Avenue Attine, Résidence Al Ismailia, Immeuble 5, Appartement 4, Hay Ryad, Rabat, Morocco. Tel.: 00212 67442883; e-mail: belmir.radouane@hotmail.com |