Ann. Medit. Burns Club - vol. VI11 - n. 2 - June 1995
UTILISATION DE LA VANCOMYCINE CHEZ LE GRAND BRULE: POSOLOGIES
NECESSAIRES LORS D'UNE ADMINISTRATION CONTINUE
Conil JW, Favarel R, Laguerre 1, Marty N.**, Brouchet A.,
Chabanon W*, Bodnar M., Roug6 R, Virenque Ch., Micheau Ph., Chavoin JR, Costagliola M.*
Département d'Anesthésie-Réanimation
* Service des Grands Brûlés
** Laboratoire de Bactériologie-Virologie
CHU, Rangueil, Toulouse, France
RESUME. Chez le
grand brûlé, après l'administration de vancomycine en perfusion discontinue et à
posologie usuelle (30 mg/kg), on observe très fréquemment une chute importante et rapide
des taux sériques. Cette pharmacocinédque particulière "en dents de scie"
avec des taux résiduels insuffisants pose le problème de l'efficacité de cet
antibiotique temps-dépendant. A la suite des travaux concernant des patients de
réanimation polyvalente, nous avons étudié les modalités d'administration de la
vancomycine à débit constant chez 18 patients brûlés en moyenne sur 40% de la surface
corporelle. Après avoir défini les taux sériques nécessaires pour traiter une
infection à staphylocoques multirésistants chez ces patients immunodéprimés, nous
analysons ici: les posologies nécessaires pour maintenir un taux sérique à une
concentration active; les corrélations éventuelles entre les vancomycinémies, les
paramètres caractérisant la brûlure, l'âge et la fonction rénale; et la tolérance
clinique et biologique. L'intérêt de posologies initiales (40 rng/kg chez les malades de
moins de 60 ans) supérieures à celles du sujet non brûlé est démontré au travers de
l'analyse des cas cliniques. L'existence d'une altération de la fonction rénale
contre-indiqué la méthode. Les auteurs insistent sur les avantages de ce mode
d'administration qui en évitant la fluctuation des tax plasmatiques assure une meilleure
efficacité.
Les staphylocoques sont actuellement les
principaux responsables de l'infection des brûlures. La contamination de la peau par
Staphylococcus aureus est fréquente et redoutable. Leur virulence' est surtout due à la
sécrétion de nombreuses toxines et enzymes par les bactéries. Elle impose une
optimisation de la thérapeutique, à la fois locale et générale, notamment une
antibiothérapie bactéricide et prévenant l'émergence de variants résistants.
La vancomycine reste constamment efficace, vis-à-vis du staphylocoque. Il s'agit d'un
antibiotique "tempsdépendant" dont l'activité est conditionnée par le temps
d'action. La bactéricidie est lente, pou influencée par la quantité d'antibiotiques à
condition que celle ci-atteigrie des valeurs thérapeutiques. La vancomycine présente
chez le brûlé lors de l'administration discontinue d'une dose usuelle (30 mg/kg/j) une
pharmacocinétique particulière en "dents de scie" avec des taux résiduels
insuffisants.
L'administration continue, comme le montrent les travaux concernant des patients de
réanimation, permet d'obtenir des taux sériques en plateau, supérieurs aux valeurs
thérapeutiques. Nous avons analysé ces données chez le grand brûlé en définissant
les Posologies nécessaires pour l'obtention de vancomycinémies adéquates.
Méthodologies
Il s'agit d'une étude réalisée chez
18 patients hospitalisés durant la période 1991-1992 recevant de la vancomycine à
débit constant.
Le but de ce travail est:
de définir les posologies necessaires
pour l'obtention de taux plasmatiques supérieurs aux taux résiduels insuffisants
constatés lors d'une administration discontinue;
d'observer les fluctuations de ces
mêmes taux sanguins en fonction de variables cliniques et/ou biologiques;
de surveiller la tolérance.
Les patients
Les patients étaient caractérisés
par les paramètres sui
surface brûlée moyenne: 40%
règle de Baux: 84 (écart type: 22)
UBS: 102,2 (écart type: 82)
âge: 44 ans (écart type: 17)
poids: 63,4 kg (± 11, 8kg)
ventilation artificielle chez 10
patients
Ils ont reçu une antibiothérapie
anti-staphylococcique associant à la vancomycine, la pristinamycine dans 50% des cas, et
l'acide fucidique ou la fosfornycine dans les autres cas.
Chez 70% des patients, une antibiothérapie anti-Gram négatif a été prescrite en raison
de l'existence d'une infection polymicrobienne avec, dans 10% des cas, une association à
un aminoside selon le protocole "Dose unique journalière" (durée maximale de
traitement: 7 jours).
La vancomycine est administrée initialement à la posologie de 35 mg/kg, le motif de
prescription étant soit une surinfection cutanée à potentiel septicémique' >5 Soit
une septicémie (respectivement 90% et 10% des cas). Dans tous les cas, il s'agissait
d'infections à staphylocoques méthicilline-résistants sensibles à la vancomycine
(sensibilité appréciée sur boîte de Pétri par la méthode des disques: une souche
sensible présente une concentration minimale inibitrice (CMI) inférieure à 4 mg/1).
La durée de traitement a été en moyenne.de 17 jours.
Les paramètres cliniques retenus pour l'étude des variations des vancomycinémies sont:
la posologie, le BAUX, PUBS, l'âge, le sexe, le poids et la ventilation artificielle.
Les paramètres biologiques classiques (ionogramme plasmatique et urinaire, protidémie,
glycémie, formulenumération sanguine, hémocultures, urée sanguine, creatininémie) ont
été complétés par l'analyse du bilan hépatique.
L'efficacité du traitement antibiotique a été appréciée selon des critères cliniques
(température, conscience, transit, hémodynamique, aspect des lésions) et des critères
biologiques (FNS, comptages cutanés et autres données bactériologiques dont les
hémocultures).
La technique de dosage de la vancomycine dans le sang utilise la polarisation de lumière
fluorescente (TDX).
Les dosages ont été effectués initialement à la 48ème heure (plus de 5 demi-vies)
après le début du traitement puis au 7ùme jour, 14ème jour et plus si nécessaire en
fonction de l'évolution des taux sériques.
Critères d'exclusion
Ont été écartés de l'étude les
patients présentant une insuffisance rénale ou hépatique, ainsi que les malades
perfusés par voie veineuse périphérique chez qui lors d'une administration à la
seringue électrique l'extravasation de vancomycine (produit concentré) peut occasionner
une chimionécrose.
Méthodologie statistique
L'étude statistique a recherché les
coefficients de corrélation pour évaluer la liaison entre les taux sériques de
vancomycine et les divers paramètres biologiques. Deux types de coefficients de
corrélation ont été calculés: - le coefficient de corrélation de Bravais-Pearson - un
coefficient de corrélation non paramétrique: le Tau de Kendall
 |
 |
Fig.
1 - Taux sériques en fonction de la posologie initiale. |
Fig. 2 -
Corrélation vancornycinéinie/uréé = non significative. |
|
Résultats
Taux sériques
Pour des posologies inférieures à 35
mg/kg/j, l'analyse des vancomycinémies à J3 (Fig. 1) montre dans 80% des cas des
taux sanguins insuffisants "15 mg/1). Les seqls patients dont les taux sont
supérieurs à 15 mg/1 sont âgés de plus de 58 ans. Il existe ainsi une variation des
taux plasmatiques avec l'âge.
Pour des posologies de 3 mg/kg de vancomycine, 75% des taux sanguins resistent limites.
La recherche d'une éventuelle liaison entre les logarithmes des taux de vancomycine et
PUBS ou le BAUX montre des tests non significatifs.Il existe une fluctuation modérée des
taux sanguins de vancomycine à partir d'un BAUX > 85 et on retrouve une relation
significative entre l'ensemble des logarithmes des taux sériques et l'âge.Il existe une
liaison significative entre les logarithmes des taux sériques de vancomycine (lors du
premier dosage de chaque malade) et ceux de l'urée (Fig. 2). Par contre, la
liaison avec les logarithmes de la créatinine sanguine est négative mais le fait d'avoir
exclu les insuffisants rénaux ne permet pas de conclure.La ventilation artificielle (qui
modifie classiquement le volume de distribution) ne parait pas influencer la
pharmacocinétique de la vancomycine; il en est de même pour les variations de la
protidémie.L'évolution de la vancomycinémie dans le temps ne semble pas suivre de loi
générale.L'étude des taux sériques pour chaque malade en fonction de l'évolution dans
le temps ne permet pas de retrouver d'effet cumulatif (Fig. 3).
Tolérance
Nous avons, lors des l'étude, exercé
une surveillance:
clinique, qui n'a pas noté d'incidence
relative aux effets secondaires de la vancomycine
biologique, où les paramètres de
surveillance n'ont pas été anormallement modifié par rapport à leurs perturbations
habituelles chez le grand brûlé.
 |
 |
Fig.
3 - Evolution des vancomycinémies dans le temps à la recherche d'un effet
cumulatif. |
Fig. 4 - Taux
sériques en fonction de groupes de posologies (mg/kg). |
|
Discussion
La vancomycine est constamment
efficace ~ur le staphylocoque.Elle possède une activité bactéricide temps-dépendante,
est active sur les bactéries en phase de croissance et est sensible à l'effet inoculum.
Ainsi, lorsque le germe responsable de l'infection présente une CMI limite, on peut être
confronté à un problème d'adaptation posologique.Chez le volontaire sain, la pharmac
ocin étique est décrite selon un modèle à trois compartiments: la demi-vie sérique
est de l'ordre de 4 à 8 heures avec de grandes variations individuelles.La liaison aux
protéïnes est de 55% chez le sujet tout venant; du fait de cette liaison modérée, la
diffusion tissulaire est bonne.Chez le brûlé, deux protéïnes de transport présentent
des variations importantes: l'albumine, qui est abaissée, et l'alpha 1 glycoprotéïne
acide (protéïne inflammatoire), qui est augmentée.La vancomycine, molécule acide, se
fixe préférentiellement sur l'alburnine9 et présente au cours de la brûlure une
liaison aux protéïnes diminuée de l'ordre de 29%,10 ce qui est en faveur d'une bonne
diffusion tissulaire.Cependant il n'existe pas d'étude validée documentant chez le
brûlé la pénétration de cet antibiotique au niveau de la peau.Dans ces conditions,
l'obtention de taux sériques à des valeurs thérapeutiques est une priorité et les
modes d'administration de la vancomycine doivent être discutés.
Administration continue ou discontinue?
L'administration discontinue chez le
brûlé pose avant tout le problème de taux sériques limites voire insuffisants. Saux,
Martin et Perrin,' Regnierl' et Regnier et Nkamll rappellent que l'administration de
vancomycine chez un patient présentant une infection grave à staphylocoque doit
permettre l'obtention de pics variant de 40 à 50 lig/mI avec des taux résiduels entre 10
et 15 pg/mI.Si dans certains travaux, des taux résiduels compris entre 5 et 10 pg/mI
paraissent acceptables, cela ne concerne ni des infections graves, ni des patients aux
défenses diminuées.Alors que chez le sujet normal deux injections de 1 gr à 12 heures
d'intervalle, pour un staphylocoque dont la CMI est de 2 pg/ml, permettent d'obtenir une
concentration active (quatre fois la CMI), il n'en est pas de même chez le brûlé qui
présente une augmentation de la filtration glomérulaire. L'élimination de la
vancomycine est essentiellement urinaire et se fait de façon rapide à 80% par filtration
glomérulaire.1 Ainsi l'élimination de cet antibiotique est majorée chez le brûlé et
les posologies doivent être augmentées.
Une étude portant sur 20 patients brûlés a démontré une augmentation importante de la
clearance de la créatinine à 172 ml/mn/1,73M2 , et l'incidence sur la pharmacocinétique
de certains médicaments, notamment l'élimination des aminosides.
Rotschafer,l Brater` et Garreltsl' ont retrouvé une clearance de la vancomycine en
moyenne à 90 ml/mn et, en corollaire, les doses de vancomycine ont du être augumentées
à 41 mg/kg/j par rapport aux patients non brûlés recevant 30 mg/kg/j.
Rybakll a montré une clearance de vancomycine supérieure à la clearance rénale et la
nécessité de posologies de 43 mg/kg/j.Une dernière étude" a comparé un groupe
témoin à un groupe de brûlés. Chez ces derniers il a fallu augmenter les posologies
(en moyenne de 77%) et rapprocher les perfusions, afin d'obtenir des vancomycinémies
proches dans les deux groupes.
Ainsi, il existe chez le, brûlé une tendance à la chute rapide des concentrations
sériques en deça des concentrations actives. Cette chute est liée à l'augmentation de
la clearance du produit et non à une modification du volume de distribution (la
vancomycine étant peu liée aux protéïnes plasmatiques, les variations du Vd sont
minimes)
Les particularités pharmacocinétiques chez le brûlé, le caractère temps-dépendant de
la vancomycine, l'expérience clinique de bactériémies à S. aureus persistantes malgré
un traitement adéquat en administration discontinue, les travaux récents concernant le
continu, témoignent de l'intérêt d'une administration à débit c ' onstant. Il n'en
demeure pas moins que des arguments à l'encontre du débit continu existent; il s'agit en
particulier de l'existence d'un effet post- antibiotique qui pour le S. aureus serait de
l'ordre de 2 à 4 heures in vivo avec la vancomycine.
Taux sériques et posologies
souhaitables lors d'une administration à débit continu
Lucet," en réanimation
chirurgicale, a montré que lors d'une association de vancomycine avec un autre
antibiotique (rifampicine) des taux résiduels bas de vancomycine "15 pg/ml)
favorisaient l'émergence de mutants résistant au deuxième antibiotique. L'on peut
d'ailleurs se demander si l'apparition dans certains services de souches sensibles
uniquement à la vancomycine n'est pas liée à des "dosages" inadéquats de
cette dernière, c'est à dire à une monothérapie de fait par l'antibiotique associé
(les amistaphylococciques type rifampicine, fosfomycine, acide fucidique, voire
fluoroquinolones, en monothérapie sont des antibiotiques à haut taux de mutation).
Ainsi, lors d'une infection sévère, on peut conseiller des taux résiduels non pas
égaux à quatre fois la CMI standard mais supérieurs à 15 pg/mI.
Une des premières études françaises" concernant l'utilisation de vancomycine en
perfusion continue chez des patients de réanimation proposait des taux sanguins entre 20
et 30 mg/l. Cependant, chez les patients présentant des taux plus élevés, on relevait
une tendance à la baisse de la clearance de la créatinine, sans conséquence toutefois
sur l'évolution de la maladie.
Les CMI pour la vancomycine concernant les staphylocoques vont de 0,5 à moins de 8 pglml,
donc toutes les souches sont soit sensibles soit "intermédiaires" .
Si l'on considère que les taux sériques résiduels (ce sont les seuls qui comptent pour
un antibiotique tempsdépendant) doivent être au moins égaux à quatre fois la CMI, cela
nous ramène pour une souche sensible à quatre fois 4 pg/mI, soit 16 pg/mI. Pour la
majorité des S. aureus les CMI sont de l'ordre de 1 à 2 ~tg/Inl, mais la plupart des
auteurs conseillent des taux plasmatiques supérieurs à 15 pglml. En effet, ils
considèrent que l'obtention d'une diffusion tissulaire adéquate et d'une bactéricidie
réelle au sein de l'infection impose, lors d'infections sévères, des vancomycinemies de
l'ordre de six à dix fois la CMI. L'ensemble de ces données nous a amenés à définir
un taux thérapeutique de vancomycine compris entre 15 et 20 pg/mI, et ceci en accord avec
les résultats concernant les patients des services de réanimation polyvalente.
Lors d'une administration à débit constant, Goulet22 a évoqué chez l'enfant non
brûlé l'interêt de l'administration d'une dose dite "de charge" durant la
première heure de traitement. Mais le recul est insuffisant pour savoir si cette attitude
permet un meilleur contrôle de l'infection. Notre protocole ne comporte pas de
"bolus initial".
L'analyse de nos résultats amène les commentaires suivants:
Malgré une posologie initiale de 35 mg/kg/j, l'objectif thérapeutique (un taux
plasmatique supérieur à 15 pg/ml) n'est pas atteint dans 62% des cas. De plus les seuls
patients pour lesquels les concentrations souhaitées étaient obtenues étaient âgés
des plus de 55 ans ou avaient reçu une posologie initiale de l'ordre de 40 mg/kg/j. Une
analyse plus détaillée de l'histogramme relatif à l'élévation de la vancomycinémie
en fonction de la posologie initiale (Fig. 4) montre que dans tous les cas sauf un
(individualisé du fait d'un écart type trop important) la moyenne des taux sériques est
inférieure à 20 pg/ml et dans plus de 50% des cas à 15 pg/ml (Fig. 1 et 4).
En pratique:
dans onze cas nous avons été amenés à augmenter la posologie (à 40 mg/kg)
dans deux cas elle a été diminuée (à 35 mglkg)
dans les cinq derniers cas, la posologie initiale a été conservée. Parmi ces cinq
patients, deux ont présenté des taux sériques insuffisants au deuxième contrôle et
une adaptation posologique a été nécessaire.
Pour obtenir les mêmes concentrations actives en administration discontinue chez le
brûlé, Garreltsl' propose des valeurs supérieures à 50 mg/kg/j sans obtenir toutefois
des taux supérieurs à 15 p g/mI (de l'ordre de 10,5 p g/ml).
Tolérance
Effets secondaires
Nous n'avons pas observé de "Red man syndrome", complication favorisée par une
administration en perfusion trop rapide et/ou par une insuffisance de purification du
produit.
Aucune réaction générale type élévation de la température, urticaire ou hypotension
n'a été constatée.
Toxicité
Otoxicité: aucun signe d'ototoxicité n'est rapporté ici, mais il s'agit d'une
appréciation clinique et non d'un suivi audiométrique. Il faut toutefois rappeler que
d'après les données de la littérature, l'ototoxicité est rare, voire exceptionnelle.
Les seuls cas décrits étaient en relation avec des surdosages (taux sériques > 80
pg/ml) et/ou en association avec des aminosides mal dosés.
Hépatotoxicité: nous avons pu noter dans quatre cas une élévation des TGP > 200 Ul,
avec retour vers la normale dans tous les cas.
Néphrotoxicité: aucun de nos patients n'a présenté d'altération de la fonction
rénale. L'étude statistique retrouve une corrélation entre les vancomycinémies et le
taux d'urée, ceci en terme de logarithme (et non pas en valeur absolue). Mais le
problème reste posé d'une corrélation inverse: il est à noter cependent à J21 que la
moyenne des taux d'urée était de 10,8 mmol/1 (normale: 2,5-7,5) alors que la
créatininémie était normale.
Parmi les principles causes d'augmentation de l'urée on décrit les régimes riches en
protéines, les états d'hypercatabolisme, la présence de sang dans le tube digestif, et
l'insuffisance rénale. Les deux premières étiologies sont constamment présentes chez
le brûlé, et peuvent très bien expliquer cette augmentation modérée et sans
conséquences.
Lorsque l'on compare ces résultats à ceux de la littérature, qui ne concernent pas le
grand brûlé, un certain nombre de données doivent être énoncées:
Wysockil en milieu de réanimation sur un groupe de 29 patients a observé chez sept
malades une baisse de la clearance de la créatinine et une augmentation de la
créatininémie (+30%). Ces derniers patients avaient non seulement un traitement long
(,supérieur à 20 jours) mais aussi des vancomycinémies très élevées (valeur max.: 46
± 24 mg/1). Chez les autres malades qui avaient des taux sériques de l'ordre de 23,4 ±
3,8 mg/l, aucune altération rénale n'était observée.
Par rappport à l'administration discontinue, ConyMakhoU121 chez des patients
neutropéniques a montré une moindre néphrotoxicité (à posologie entraînant les
mêmes taux thérapeutiques) avec une administration à débit constant.
Ainsi, il apparait que la tolérance rénale est bonne lors d'une administration à débit
constant, à condition de ne pas atteindre des taux sériques excessifs. A travers notre
expérience, en tenant compte des données bactériologiques et de la fréquence d'une
polyantibiothérapie, on ne doit pas dépasser a priori des taux de 25 p g/mI.
Une surveillance de la fonction rénale dans ce contexte de réanimation lourde est
nécessaire. Une augmentation de la créatininémie implique l'arrêt de ce mode
d'administration ainsi qu'une adaptation posologique selon les rùgles définies par
Rice.`
Conclusion
L'administration de vancomycine à
débit continu chez le brûlé évite les fluctuations des taux plasmatiques, peu
souhaitables pour un antibiotique temps-dépendant.
L'objectif est d'atteindre des taux sériques compris entre 15 et 20 pg/mI. Des taux
excessifs supérieurs à 25 pg/ml doivent être évités car ils pourraient être source
de diminution de la clearance de la créatinine.
Pour ce faire la posologie initiale (chez le sujet de moins de 60 ans) est supérieure à
celle du sujet non brûlé, de l'ordre de 40 mg/kg.
L'existence d'une altération de la fonction rénale, mode essentiel d'élimination de la
vancomycine, contreindique formellement l'administration à débit constant.
Il existe par ailleurs des variations inter- et intra-individuelles qui imposent un
monitorage des vancomycinémies. Si l'administration à débit continu doit améliorer la
qualité de la thérapeutique, des questions demeurent sans résponse: il s'agit notamment
de l'importance de la diffusion tissulaire et de la réduction éventuelle de la durée du
traitement. Un travail prospectif devrait permettre de répondre en partie à ces
interrogations.
SUMMARY. In
severely burned patients a considerable and rapid drop in serum concentrations is very
frequently observed after administration of a discontinuous perfusion of vancomycin at the
usual posology (30 ing/kg). This irregular "saw-tooth" pharmacokinetic leads to
insufficient residual rates and interferes with the effectiveness of this time-dependent
antibiotic. In the light of research on patients in intensive care, we studied the
modalities of constant-rate administration of vancomycin in 18 patients with 40% BSA
burns. After establishing the serum concentrations necessary for the treatment of a
multiresistant Staphylococcus infection in these immunodepressed patients, we also
analysed the dosage necessary for maintenance of a serum level with active concentration;
the possible correlations between vancomycinaemia, characteristic burn parameters, age and
renal function; and clinical and biological tolerance. The advantage of higher initial
dosages (40 mg/kg in patients aged less than 60 years) than those administered to unburned
patients is demonstrated through the analysis of clinical cases. Impaired renal function
is a counterindi cation to the method. The authors are convinced of the advantages of this
method of constant-rate administration, which prevents fluctuations in the plasma rates
and ensures better efficiency.
BIBLIOGRAPHIE
Avril JL., Dabernat H., Denis
F., Monteil H.: Staphylococcus. In: "Bactériologie clinique" (2ème édition),
1: 9-30, Ellipses, 1992.
Krogstad D.J., Moellering R.C.,
Greenblatt DJ.: Single dose kinetics of intravenous vancomycin. J. Clin. Pharm., 20:
197-201, 1980.
Rotschafer J.C., Crossley K.,
Zaske D.E. et al.: Pharmacokinetics of vancomycin: observations in 28 patients and dosage
recommendarions. Antimierob. Agents Chemother., 22: 291, 1982.
Bouhaut F.: "Septicémie à
Staphylococcus aureus chez le brûlé grave: facteurs de risque septicémique".
Thèse n' 87 TOU 3 1344,26-7,1987.
Echinard Ch., Latarjet J.:
"Les Brûlures". Masson, Collection Abrégés de Médecine, mai 1993.
Mallet M. N.: Bactériostase,
bactéricidie, CMI-CMB, étude des associations d'antibiotiques. In: Martin C., Gouin
F.:"Antibiothérapie en réanimation et chirurgie", 281-303, Arnette,1992.
Watanakunakorn C.: In vitro
selection of resistance of Staphylococcus aureus to teicoplanin and vancomycin.
J.Antimicrob. Chemother., 22: 739-7, 1988.
Saux P., Martin C., Perrin G.:
Les glycopeptides. In: Martin C., Gouin F.: "Antibiothérapie en réanimation et
chirurgie", 195-203,Amette, 1992.
Zokufa H.Z., Solem L.D., Rodvold
K.A. et al.: The influence of serum albumin and alpha-1-acid glycoprotein on vancomycin
protein. J. Bum Care Rehabil., 10: 425, 1989.
Rice T.L.: Simplified dosing and
monitoring of vancomycin for the burn care clinician, Burns, 18: 355-61, 1992.
Il. . Regnier B.:
Antibiothérapie des infections à staphylocoques. In:Régnier B., Brun-Buisson Ch.:
"L'infection en réanimation", vol.10, 217-29, Masson, Collection
d'Anesthésiologie et de Réanimation, 1988.
Regnier B., Nkarn N.: Le
staphylocoque. Ses défis, notre riposte en 1984. Mapar, Bicètre, 233-63, 27 oct. 1984.
Loirat P., Rohan J., Baillet A. et al.: Increased glomerular filtration rate in patients
vhth major burns and its effect on the pharmacokinetics of tobramycin. N. Engl. J. Med.,
299: 915, 1978.
Brater D.C., Bawdon RE., Anderson
S.A. et al.: "Vancomycin elimination in patients with burn injury". Clin. Pharm.
Ther.,
Garrelts J.C., Peterie J.D.:
Altered vancomycin dose vs. serum concentration relationship in burns patients. Clin.
Pharm. Ther., 44: 913, 1988.
Rybak M.J., Albrecht L.M., Berman
J.R. et al.: Vancomycin pharmacokinetics in burn patients and intravenous drug abusers.
Antimicrob. Agents Chemother., 34:792, 1990.
Dutertre J.P., Giraudeau F.,
Dhennin Ch., Breteau M.:Pharmacoeinétique chez les brûlés. Réan. Urg., 1: 284-90,
1992.
Martyn J.A.J., Abernethy D.R.,
Greenblatt D.J.: Plasma protein binding of drugs after severe burn injury. Clin. Pharm.
Ther., 35; 535-9, 1984.
Lucet J.C., Bedos J.P., Décré
D., Wolff M., Buré A., Regnier B., Vachon F.: Emergence de la résistance à la
rifampicine au cours du traitement parvancomycine-rifampicine des infections graves à
Staphylocoque doré. In: "Vancocine R en 1991 pour une utilisation optimisée",
p. 7. Symposium organisé par LILLY France sur la vancomycine LILLY.
Wysocki M., Wolff M., Pean Y.,
Trie L., Gertner J., Millet H., Herman B.: Traitement des infections graves à
staphylocoque par perfusion continue de vancomycine: tolérance rénale. Abstract
communication, p. 208. RICAI, Paris, dée. 1991.
Martin C., Perrin G., Denis J.P.:
Choix d'une antibiothérapie pour le traitement d'une infection à staphylocoque. In:
Martin C., Gouin F.: "Antibiothérapie en réanimation et chirurgie", 367-77,
Arnette, 1992.
Goulet 0., Gaillard J.L.:
Antibiothérapie systemique dans les infections sur cathéter veineux central chez
l'enfant. Nutr. Clin. Métabol., 5: 113-8, 1991.
Cony-Makhoul P., Dufoir T., Saux
M.C., Reiffers J.: Diffèrent modalities of vancomycin administration in neutropenie
patients. 18th Int. Cong. Chemiotherapy, Stockholm, June-July 1993.
Manelli J.C., Garabedian M.:
Contamination de la peau brûlée". In: "Reanimation et médicine
d'urgence". Expansion Scientifique Française. Société de Réanimation de langue
française, 164-178, 1987.
MBC - PREVENTION CAMPAIGN
The MBC, in the context of the
activities laid down in its statute and intended to promote burn prevention campaigns, has
produced the following videotapes: - The Prevention of Burns in Children - The Prevention
of Electrical Burns in Everyday Life - The Prevention of Electrical Burns at Work - The
Prevention of Industrial Disasters - How to Defend ourselves from Fire - How to Defend
ourselves from Forest Fire The tapes have been dubbed in English, French, Arabic, Italian,
Spanish, Greek and Turkish and come in two versions, U-MATIC and VHS. All the tapes are
available entirely free of charge to MBC Members who apply in writing to receive them
explaining their reasons and undertaking to use them exclusively to promote a burn
prevention campaign in their respective countries. Applications must be forwarded to the
MBC Secretariat.
|